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La culture religieuse des indiens Huichols leur attribue une intimité rare avec l’univers et ses mystères. La spiritualité de ces indiens met en image les principaux dieux ou ancêtres de ce peuple, la faune et la flore typiques des régions où ils vivent, ainsi que des astres qu’ils vénèrent particulièrement.

Les indiens Huichols vivent dans les canyons arides de la Sierra Madre Occidentale du Mexique, une région montagneuse au climat tropical, dont les sommets culminent à près de 3000 m, faite de gorges, de précipices, de cours d'eau et de haut-plateaux. Le territoire inhospitalier dans lequel ils vivent a toujours rendu les communications extrêmement difficiles et dangereuses, et a largement contribué à isoler et protéger les Huichols, leur permettant de vivre aujourd'hui selon leurs traditions ancestrales, sans trop de pénétration du monde matérialiste extérieur. C’est grâce à cet isolement géographique qu’ils purent conserver une partie de leur patrimoine ancestral.

Le peuple Huichol ne semble pas (trop) préoccupé par l'évolution technique du monde actuel. Les Huichols utilisent encore la houe en bois, traditionnelle, pour cultiver leurs parcelles de maïs, et ont toujours auprès d'eux leurs animaux ancestraux : les chiens et les abeilles. Toutefois, la culture matérielle du reste du pays a modifié quelque peu la vie traditionnelle du Huichol. Par exemple, les animaux qu'ils élèvent sont tous d'origine coloniale, de même que des ingrédients, comme le café, le sucre, les arbres fruitiers. l'électricité a parfois fait son apparition dans des villages. Et puis aussi les outils mécaniques, les ustensiles de cuisine, l'argent. Et l'alcool. Et les fusils, les munitions. Et depuis peu, les camionnettes. Car jusqu'à présent, a
ucune route ne pénètrait dans la contrée sauvage des Huichols. Il n'y avait qu'un train qui traversait la Sierra Madre : le ChePe (Chihuahua-Pacifico). Une ligne de chemin de fer reliant Chihuahua à Los Mochis, une voie ferrée partant du niveau de la mer, au bord du Pacifique pour culminer parfois à 2.700 mètres d'altitude, avec quatre-vingt ponts et tunnels !!! Mais il y aura bientôt une route... Ainsi en a décidé le gouvernement mexicain qui vient de lancer les travaux pharaoniques d'une route qui traversera toute la Sierra Madre, d'est en ouest.


Les Huichols sont environ 20.000 et vivent en petites communautés, réparties sur les 4.200 km2 de la Sierra Madre Occidentale, zone qui leur a été concédée par le gouvernement mexicain. Il y en a cinq : Santa Catarina Cuexcomatitlan, San Andrés Cohamiata, San Sebastian Teponahuaxtlan, Tuxpan de Bolanos et Guadalupe Ocotan. Chacune  gardant jalousement leur langue et leurs traditions ancestrales. 
Ces petits groupes de semi-nomades vivent dans des maisons en terre et en paille, et sont organisés autour d'un gouverneur (en charge des affaires civiles) et d'un chamane (en charge du spirituel et du curatif). C'est un peuple stable, assez conservateur, qui semblent reproduire le passé, sans  trop faire appel au monde moderne et à sa technologie. Toutefois, petit à petit, quelques petites concessions au modernisme sont faites : c'est ainsi que, lors d'un de mes séjours à Tépic, discutant avec une femme Huichol venue, dans son vêtement traditionnel tout brodé de belles couleurs, me proposer les tableaux de laine réalisés par sa communauté, j'eu la surprise de la voir plonger sa main dans son petit sac en perles colorées et en sortir... un téléphone portable. Et la conversation téléphonique s'est engagée en Huichol, entre Tepic et la communauté de San Andrès Cohamiata, en plein coeur de la Sierra Madre...

Alors on va plutôt dire que l'indien Huichol laisse "le progrès trouver son chemin sans précipitation".

Un extrait des mythes et légendes Huichol

Les dieux, fatigués d'entendre les femmes se quereller, avaient déjà envisager de les priver de leur langue lorsque les déesses intervinrent. Les dieux se sont alors contentés de demander aux hommes d'habiter loin les uns des autres pour que leurs épouses ne puissent pas se rencontrer tous les jours.

 

 

Projet "Agua para todos" : l'accès à l'eau potable pour les indiens Huichol

 
L'association  
Au fil des mondes milite en faveur du pluralisme ethnique et des droits des minorités. Elle s'est engagée à participer à l'amélioration des conditons sanitaires de la communauté Huichol de San Andres Cohamiata, qui souffre d'une très mauvaise qualité d'eau disponible et d'un terrible manque d'eau lors de la saison sèche, impliquant de conditons déplorables d'hydratation et d'hygiène, et de nombreuses maladies.

Le projet
Agua para todos est la mise en place d'une adduction d'eau potable dont la réalisation technique est actuellement en cours, effectuée conjointement avec la population et avalisée officiellement par les autorités indiennes locale de Wixaritari. Le projet prévoit d'alimenter en eau la communauté Huichol qui vit sur un plateau à 1.920 mètres d'altitude. Pour cela, il est prévu de construire un grand réservoir pour recueillir les résurgences des sources d'eau actuelles, situées en contre-bas du village, et de la propulser sur une hauteur de 40 mètres pour la faire arriver au-dessus au niveau du village, dans un réservoir annexe. Le système de pompage est alimenté par une éolienne, d'une hauteur de 10 mètres. Les 3.800 mètres de tranchées sont assurés par les indiens Huichol.

Le budget global de cette opération
Agua para todos s'élève à 7.675 €.
Vous voulez participer à ce projet de développement ?
Rien de plus simple : allez sur le site d'Au fil des mondes http://aufildm.free.fr/
et vous pourrez financer concrètement un certain nombre de mètres de tuyaux, selon la formule suivante : 1 mètre de tuyau = 2 €.

Formulaire également disponible à l'adresse de l'association :
Au fil des mondes BP n°10 - 91490 MILLY LA FORET

 

par Olivier Clerc, écrivain et philosophe (Quand l'impossible arrive)

(...) Les cérémonies avec Don José, événements inoubliables, duraient toute la nuit. Il apparaissait, portant un grand chapeau et son costume huichol, tous deux richement brodés et décorés de motifs géométriques complexes et de symboles sacrés de sa tribu : Kauyumare, l’Esprit Cerf ; Tatewari, l’Arrière-grand-père Feu ; Hikuri, le peyotl ; l’aigle à deux têtes qui représente le chaman, capable de voir dans toutes les directions, et de nombreux autres symboles. Avant la cérémonie, Don José ingérait toujours un gros bouton de peyotl qui l’aidait à transcender les limites de la perception ordinaire et à « voir, avec l’oeil du mental et le coeur du Grand Esprit, l’interconnexion de toutes choses, visibles et invisibles ». Malgré les quantités impressionnantes de peyotl qu’il absorbait, Don José exécutait tous les rituels et toutes les interventions thérapeutiques avec une précision impeccable, tenant de ses seuls trois doigts sa flèche de prière ainsi que des plumes d’aigle et de dindon, et psalmodiant pendant des heures un chant sacré, doux et obsédant. Prem Das l’accompagnait soit en frappant son tambour sur un rythme envoûtant, soit en jouant d’un instrument à cordes, de fabrication artisanale. Le groupe participait lui aussi en agitant des hochets huichols faits de calebasses remplies de haricots séchés, qui produisaient un son dynamique. Don José possédait une capacité inimitable à équilibrer le sacré et l’ordinaire. Lorsqu’il chantait et battait du tambour, il était très sérieux et créait dans la pièce une atmosphère solennelle et sacrée, mais pendant les pauses, son côté filou, très malicieux, prenait le dessus. Il riait bruyamment et échangeait des blagues hilarantes et souvent grivoises avec Prem Das.

La cérémonie la plus extraordinaire et la plus mémorable que nous ayons vécue avec Don José eut lieu dans la Grande Bâtisse d’Esalen, à la fin des années 1970, en plein milieu d’une sécheresse catastrophique qui sévissait en Californie depuis plusieurs années. Durant toute cette période, la pénurie d’eau fut critique. L’agriculture californienne fut gravement menacée et les personnes vivant dans des maisons luxueuses ne pouvaient ni tirer la chasse d’eau ni laver leur vaisselle. Avant de commencer la cérémonie, l’un des participants suggéra en plaisantant : « Don José, une sécheresse terrible sévit en Californie ; on devrait peut-être faire une cérémonie pour qu’il pleuve. » Personne ne le prit au sérieux, sauf Don José. Après quelques instants de réflexion, et à la surprise générale, il accepta. Pour nous qui ne comprenions pas les chants de Don José en langue huichol, cette cérémonie ressemblait à d’autres que nous avions effectuées dans le passé. Le tambour, les chants et la musique se poursuivirent toute la nuit, entrecoupés de quelques pauses. Au milieu de la cérémonie, Prem Das entraîna le groupe dans la danse huichole du Cerf, pour laquelle nous devions nous déplacer dans la pièce de façon stylisée, en alternant des pas en avant et des rotations du corps selon l’axe vertical. À l’aube, Don José sortit de son « medicine bag » (sac médecine) une grosse coquille d’abalone et une queue de lapin, et nous invita à le suivre jusqu’à l’océan pour recevoir la limpieza, c’est-à-dire la purification, et faire des offrandes à l’océan, en remerciement du bon déroulement de la cérémonie. Nous sortîmes de la Grande Bâtisse pour aller en direction des falaises couvertes de cyprès de l’époustouflante côte de Big Sur, toujours sous les effets bienfaisants de la cérémonie. Le spectacle de l’océan Pacifique, dans la lumière du matin, était saisissant et d’une incroyable beauté. Tandis que tout le groupe se tenait là, immobile, à contempler ce panorama spectaculaire, quelqu’un remarqua que des petites gouttes commençaient à tomber. « Incroyable… invraisemblable… fantastique… », les commentaires fusaient pour décrire ce qui, au beau milieu d’une sécheresse désastreuse, ressemblait à un miracle. Mais Don José, lui, restait calme. « C’est kupuri, la bénédiction des dieux, dit-il. Cela se produit toujours ; ça veut dire que notre cérémonie a été bonne. » (...) Il ne faisait aucun doute, pour les personnes présentes, que cet extraordinaire mara’akame avait été en communication avec l’océan comme s’il était un être vivant, et celui-ci lui répondait en acceptant son offrande. Don José remplit ensuite sa coquille d’alabone d’eau de mer et y plongea sa queue de lapin, puis bénit et purifia, l’un après l’autre, les membres du groupe, qui avançaient en ligne vers lui. À ce stade, il pleuvait littéralement des cordes et nous étions tous trempés, bénéficiant ainsi d’une limpieza d’un autre genre.

Quand, plus tard, nous avons fait part de cette expérience à Joseph Campbell, il nous relata une histoire analogue tirée de sa vie. Quelques années auparavant, il avait été invité à assister à une cérémonie de la pluie dans une réserve Navajo, au Nouveau-Mexique. Celle-ci avait eu lieu, comme la nôtre, en pleine sécheresse. Lorsque la cérémonie commença,sur le lieu prévu pour le rituel, le ciel était bleu et il n’y avait pas la moindre nuage à l’horizon. Joseph nous avoua que les vains efforts du chaman Navajo, exécutant avec beaucoup de détermination un acte qui paraissait plutôt stupide et dénué de sens, l’avaient beaucoup amusé. Semblant ignorer que toutes les chances étaient contre lui, le chaman avait continué de chanter et de battre son tambour, sous le regard de tous. Mais alors, de sombres nuages commencèrent à se former à l’horizon, avançant rapidement dans leur direction. Et avant même la fin de la cérémonie, ils s’étaient tous retrouvés complètement trempés.

Utilisée en hypnose, la transe est également pratiquée par les Indiens mexicains Huichols, une tribu longuement étudiée par l’anthropologue de la santé et chercheur à l’UNIL Ilario Rossi.

Pas grand chose à voir, a priori, entre un Indien Huichol de la Sierra Madre et un cadre occidental stressé. Via le néo-chamanisme qui a ses adeptes aux Etats Unis et en Europe depuis le début des années 70, les Occidentaux ont pourtant emprunté aux Amérindiens un certain nombre de techniques corporelles dans le cadre d’une recherche de bien-être, de réalisation de soi ou de transcendance. Parmi celles ci, il y a la transe utilisée en hypnose où on la définit traditionnellement comme "un état modifié de conscience".

La transe mène aux esprits
"Hypnose et transe ne sont pas des catégories indigènes. Les concepts et les mots sont des inventions occidentales qui tentent de donner un sens à des pratiques culturelles inscrites dans une vision du monde radicalement différente de la nôtre. Si les hypnotiseurs font souvent référence au chamanisme, c’est que celui ci est une culture dans laquelle l’expérience du corps est tout autre. Dans cette culture, qu’on peut dire sensorielle, c’est par la transe que l’on entre en communication avec le monde des esprits", fait remarquer Ilario Rossi.

La parole aux sens
A l’entendre, l’hypnose redécouvre, par bribes, le sens de l’expression "culture sensorielle", puisqu’elle est présentée comme capable à la fois de permettre le contrôle de la douleur et l’émergence d’un langage corporel spécifique.
"Or, chez les Huichols, poursuit l’anthropologue, le corps a son propre langage. Plutôt que la volonté ou le rationnel, il fait parler les sens, justement. Ceux ci incluent d’ailleurs l’intuition, au même titre que l’ouïe ou la vue. Dans l’hypnose, on fait aussi l’expérience d’une appréhension de la réalité, qui ne passe pas par le cérébral." C’est que toute l’histoire de la médecine occidentale est celle de la séparation du corps et du psychique. Une démarche qui n’a d’équivalent dans aucune autre culture: nulle part ailleurs, l’être humain n’a ainsi été divisé à l’intérieur de lui même. En Chine, il est unifié par le qi; dans la médecine ayur-védique de l’Inde, c’est par la prana et dans le chamanisme huichol par l’iyàari. Autant de principes qui impliquent une vision culturelle du corps aux antipodes de la nôtre – avec un sens particulier de la physiologie : dans le cas des Huichols, par exemple, le diaphragme est le centre du corps.

Six mois pour se régénérer
"Avec l’avènement du langage psychanalytique et l’introduction des notions de conscient et d’inconscient, avec la naissance de la psychiatrie et de ses divers courants, dont l’hypnose est issue, on redécouvre quelque chose qui a été dissocié au moment de la Renaissance. Un mouvement accentué à l’âge des Lumières, puis au XIXe, le siècle d’or de l’expérimentation scientifique", explique l’anthropologue.

Chez les Huichols, qui consacrent six mois de leur vie à se régénérer durant la saison sèche, la transe est dite "nierica", ce qui signifie "porte", "barrière" et "juste vision des choses". On y parvient à la suite de pratiques d’introspection, de méditation et de purification, après de longues marches ainsi que l’absorption de psychotropes. "Poussant le corps jusqu’à ses limites, dans un processus d’abnégation de soi, l’être humain opère systématiquement avec un double, la transe impliquant une perméabilité entre le corps physique et le "monde autre", souligne Ilario Rossi. L’épreuve, jamais individuelle, est toujours au service de la communauté et, en partie seulement, à but thérapeutique. C’est en se reliant au monde des esprits et en puisant aux ressources du savoir des ancêtres qu’on apprend la manière de se comporter au présent."


Le corps n’est pas seulement biologique
La pratique des Huichols n’est pas aussi spectaculaire que l’hypnothérapie. Pourtant, relève Ilario Rossi, "ce qui est intéressant, c’est que ces expériences véhiculent, pour nous, Occidentaux, des représentations qui vont au delà de la vision biologique de notre corps. La science biomédicale elle-même nous apprend d’ailleurs qu’il existe des relations, dont on ignore encore tous les mécanismes, entre les systèmes endocriniens, immunitaires et nerveux – entre le fonctionnement de notre corps et tout ce qui est activités cérébrales, reliées à la pensée, au langage et aux émotions. Le corps n’est donc pas "seulement biologique" et l’expérience de l’hypnose contribue à nous faire redécouvrir cette réalité. En ouvrant des interrogations sur nos propres pratiques, elle nous aide à porter notre regard vers d’autres cultures. Rien de tel pour relativiser l’impression de détenir la vérité absolue qui imprègne notre civilisation."

...dans le déroulement universel des événements.


par Olivier Clerc, (Quand l'impossible arrive)


(...) Quand, par la suite, je repensai à la croyance des indigènes en de tels rituels magiques, il me fallut bien admettre que les résultats positifs des cérémonies de la pluie ne devraient pas nous surprendre. Les peuples des cultures indigènes ne sont peut-être pas avancés, au plan technologique, mais ils ne sont pas stupides. Il est difficile d’imaginer qu’ils continueraient de vénérer des chamans qui exécuteraient une cérémonie après l’autre, sans obtenir le moindre résultat. Pour qu’une telle tradition se perpétue, il faut un pourcentage de réussite élevé. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille voir là une relation causale, au sens où ce serait effectivement le chaman qui fait venir la pluie. Cela met en lumière le rôle important que joue parfois le principe de la synchronicité dans le déroulement universel des événements.

 

Laissez-moi vous faire découvrir un merveilleux travail d'artisanat mexicain, très prisé outre atlantique, mais encore totalement inconnu chez nous. Il s'agit des céramiques de Mata Ortiz, petit village qui se situe dans le désert de Chihuahua, non loin du lieu de pélerinage des indiens Huichols. Ces céramiques d'origine pré-hispaniques sont encore réalisées selon des techniques ancestrales, avec une cuisson quasiment "alchimique" et une décoration d'inspiration aztèque peinte à la main, avec une précision et une géométrie époustouflantes. Ces céramiques sont très fragiles, aussi est-il difficile de les importer en Europe, toutefois je me tiens à votre disposiition pour vous en céder quelques pièces, mon stock n'est pas très important. Mais attention, ces pièces sont relativement rares, donc assez chères. N'hésitez pas en rentrer en contact avec moi si vous souhaitez en acquérir une.

La géométrie séductrice des céramiques de Mata Ortiz révèlent un des phénomènes de création artisanal les plus intéressants du Mexique. Cet art millénaire de travailler les poteries, tombé dans l'oubli pendant des siècles, renait depuis maintenant trente ans. Il est en train de bouleverser l'économie de tout le village.
Avec la volonté explicite de revitaliser une tradition très ancienne, puisant leur terre et leurs pigments aux mêmes sources que leurs ancêtres, utilisant les mêmes techniques que l'on croyait oubliées à jamais, environ 300 artisans potiers, travaillent la terre, les couleurs, les pigments naturels et les traits sur des poteries que les connaisseurs, les musées et les collectionneurs d'art s'arrachent aujourd'hui.

Les formes des vases et le style des dessins - équilibre, symétrie, sinuosité, vague - sont issus des traditions indigènes locales. Ils sont également inspirés par l'observation de la nature. Le tout dans une indépendance créative qui leur donne une modernité en prise avec notre époque. C'est ainsi qu'est survenue la renaissance de cette technique, et qu'est restée intacte la magie que l'on perçoit dans ces céramiques. C'est ce qu'on appelle ici, au Mexique, le « miracle » de Mata Ortiz.

par Olivier Clerc, écrivain et philosophe (Quand l'impossible arrive)

Dans les années 1970, le gouvernement mexicain, bien déterminé à intégrer tous les peuples indigènes dans la société dominante, a ouvert des écoles, des cliniques et des centres agricoles, pour faire connaître aux Huichols les nouvelles techniques. Depuis cette époque, des pistes d’atterrissage ont permis à de petits avions transportant des touristes et des responsables gouvernementaux de se rendre dans les régions les plus reculées de la Sierra. Les propriétaires de ranchs, qui convoitaient les hauts plateaux verdoyants sur lesquels vivaient les Huichols, ont tenté de se les approprier, afin d’en faire de nouveaux pâturages pour leurs troupeaux toujours plus gros. Des missionnaires chrétiens et des prédicateurs religieux ont déployé beaucoup d’efforts pour convertir les “païens”. La jeune génération huichole s’est ainsi trouvée exposée aux tentations de la société de consommation, avec ses téléviseurs, ses postes de radio, ses motos et ses boissons alcoolisées. La modernisation de la société mexicaine a également sérieusement perturbé une composante fondamentale de la vie rituelle des Huichols. Ils se procuraient traditionnellement le peyotl lors d’un pèlerinage annuel à Wirikuta ou Terre des Fleurs, leur patrie spirituelle, sise sur les contreforts ouest de la chaîne montagneuse de Catorce. Ce voyage de 500 kilomètres s’effectuait à pied, et la première fois, les yeux bandés. D’après une légende millénaire, Wirikuta est la terre où les Huichols ont été créés et où leurs ancêtres ont assisté, depuis Cerro Quemado, la Colline Brûlée, à la naissance du soleil ; c’est également là qu’a eu lieu la première chasse au cerf. Les Huichols croient que le peyotl pousse dans les empreintes de Kauyumare, l’Esprit du Cerf, et ils se procuraient leur cactus sacré en mimant une chasse au cerf. Pendant le pèlerinage à Wirikuta, ils absorbaient rituellement du peyotl et en ramassaient suffisamment pour toute l’année. Le développement de la propriété privée et l’installation de clôtures compromettaient désormais le caractère sacré de ce voyage, en les contraignant à utiliser des camionnettes et à emprunter le réseau routier. La dernière agression de la civilisation industrielle avait porté préjudice au village où vivait Prem Das. Depuis la nuit des temps, le maïs et les haricots étaient les denrées de base des Huichols et constituaient un régime parfaitement équilibré. Pour accroître la production de maïs, le gouvernement mexicain a utilisé des herbicides sur leurs terres et rendu le sol impropre à la production des haricots, ce qui contraignit les Huichols à les acheter sur le marché. Leur prix ayant soudain triplé, ils étaient devenus inaccessibles. Mal nourris, les enfants huichols souffraient de divers
problèmes de santé, liés à cette carence.

extrait d'une profession de foi Huichol






Une montagne, une source, une rivière, une forêt, un amas de granit ou une grotte sont des dieux. Ainsi, quand on détruit un endroit à la dynamite, c’est une divinité qu’on élimine de la surface de la terre.

Les indiens huichols font parti de ces peuplades appartenant, selon Levi Strauss, aux « sociétés froides » dites « sans histoire ». Ce peuple semble voyager dans le temps sans être régis par les différents processus d’évolution. Les huichols vivent en communauté et reproduisent le passé sans vouloir en dévier. Il est aisé de remarquer une certaine valorisation de la permanence et de la stabilité. Leur société reste très conservatrice et le progrès trouve son chemin sans précipitation.

Que reste-t-il des Huichols, ces indiens cousins des Aztèques ? Iman part au Mexique, muni de quelques repères, d’idées générales à la recherche de " la magie indienne, des pouvoirs paranormaux, d’illuminations exceptionnelles ". Iman part en fait sur les traces de Don Juan Matus, l’Indien solitaire de Carlos Castaneda. Sa quête d’une poésie indienne va se heurter aux murailles de la modernité. Un premier voyage le laisse bredouille. Bourré de peyotl, il viole le mont Leonax que les Huichols gravissaient pour rendre hommage au soleil levant. Et il redescend, hagard dans Real, " Jérusalem blanche au milieu du chaos des montagnes ", une ville à l’abandon depuis la fermeture des mines d’argent. Les Huichol se dérobent, Iman persiste, à la recherche de sources sauvages d’inspiration. Castaneda le hante jusqu’à sa rencontre avec Randall, l’ex-beat américain qui lui sert de guide. Randall se méfie de ce touriste poète - " No Art ! " - qu’il dépucelle illico sur ces Huichols sauvages : les enfants meurent sans être vaccinés, les propriétaires volent les terres, l’État construit routes et barrages qui strient le territoire des Huichols. Des poètes ? Mais les Huichols n’en ont pas besoin ! Eux-mêmes ne sont pas poètes. " Ils sont tout sauf poètes ! Ils mènent une existence harassante, enchaînés à leur terre, et connaissent des difficultés insensées pour survivre. Il n’est pas drôle d’être un Huichol, un Huichol pour la vie, une sorte d’étranger dans son propre pays ! " Randall pourtant emmène Iman au pays des Huichols, un territoire de trois cents kilomètres jusqu’à la côte Pacifique. Ils participeront au pèlerinage du Voyage des morts. Iman découvre un peu de la vie des Huichol, fondée sur le mouvement comme leur religion l’est sur la nature : " Une montagne, une source, une rivière, une forêt, un amas de granit ou une grotte sont des dieux. Ainsi, quand on détruit un endroit à la dynamite, c’est une divinité qu’on élimine de la surface de la terre. " Et la route, c’est le début de la fin des Huichols. Cinq cents ans après Cortés, la guerre continue par les mots, par la rhétorique afin de faire croire à la modernité et de " figer tout ce qui bouge, bétonner l’eau, pétrifier le vent, solidifier tout ce qui est volatil, construire des autoroutes, telle est l’idéologie espagnole : une bonne nature est une nature morte ". Et si le peuple Huichol a pu survivre, c’est uniquement dû à sa faculté de rompre et de s’échapper : " Peu fiables, lâches, ils ont gardé leur autonomie... " Le voyage ne sera pas vain, et Iman puisera une poésie de la vie derrière les cuirasses de la survie. Et comble du touriste, il promet de revenir aider Randall pour un reportage photographique. Il devient cette fois poète témoin.

J. M.  Les Voleurs de pauvres, d’Ivan Alechine, Éditions de la Différence, 188 pages, 98 francs.








Cerf, peyotl et maïs : c'est une trilogie sacrée, c'est le fondement de leur spiritualité. Les Huichols croient profondément à l’identité mystique de ces trois éléments, ses trois dieux.

Ajoutez le soleil et la pluie, et vous avez leur cinq dieux principaux.






Un ethnologue a défini cette trilogie comme "exprimant la synthèse de l’histoire de ce peuple, et montrant, à divers niveaux et sur différents plans, l’unité et la continuation de la tradition".
En effet, les Huichols sont issus de ces communautés ancestrales de nomades, à la fois chasseurs et cueilleurs. Leurs aliments principaux ont été très longtemps la viande de cerf et les fruits ou fleurs. Puis ils sont devenus semi-nomades, et donc cultivateurs :  ils ont gardé l’idéologie et les croyances des peuples sédentaires dont la nourriture de base a été  le maïs.

Entre le cerf et le maïs, le peyotl se situe au milieu, sorte de lien entre leurs deux modes de vie : la vie de nomade, avec la chasse et la cueillette. Et la vie sédentaire, avec l’agriculture.

Dans chaque communauté, il y a chamane, appelé « marakate ». C'est un guérisseur, un louangeur, un maître de cérémonie, un prêtre : le chamane est la figure dominante de la vie sociale et spirituelle. Le chamane est le gardien de la tradition, il dirige les cérénomies, il raconte les mythes et les légendes, il célèbre les rites funéraires. Il initie le Huichol et le guide sur le chemin initiatique du peyolt.
 
Avant d’être reconnu et accepté par sa communauté, le chamane doit prouver ses dons, ses connaissances, sa sagesse et ses pouvoirs. Le marakate est l’intermédiaire entre les dieux et la tribu, il doit savoir décrypter les rêves et les visions, souvent confuses, des membres de sa communauté, et interprêter la volonté des dieux Huichol.

Les albums photo présentés sur ce blog vous permettront de découvrir quelques pièces d'artisant de la culture Huichol.

Ce sont des tableaux de fil de laine, ramenés de mes séjours dans la Sierra Madre mexicaine.

Parmi toutes les tableaux exposés dans ces albums-photo, certaines pièces font partie de ma collection personnelle.

Quelques pièces sont encore disponibles, d'autres ne le sont plus car elles ont été offertes à ma famille, à des amis ou parfois cédées à des amateurs d'art ethnique ou chamanique.

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